INTERVIEW



Par The Undertaker le 25/06/2004 pendant le Fury Fest au Mans.
 

Bientôt vingt ans après la sortie de son premier album avec Sepultura, Max Cavalera n’en démord pas avec Soulfly dont le dernier album en date, « Prophecy », est sorti au début de l’été. Après un remaniement du line-up, le groupe vient donc une nouvelle fois chatouiller son public de toute son énergie latine (voir compte-rendu du Fury Fest). Le maître de cérémonie nous dévoile ce qui se cache derrière Soulfly…

The Undertaker et Max Cavalera.

ARTeFACT : Quel est pour toi le sens de ce nouvel album ?
Max Cavalera : C’est quelque chose d’assez mystique… D’un côté il y a toujours le côté expérimental caractéristique de Soulfly, pour le plaisir de l’exécution, et d’un autre côté une puissance qui me libère de mes frustrations, de mes mauvais sentiments. C’est quelque chose de très personnel en rapport avec les évènements qui ont eu lieu dans ma vie, d’un point de vue général la musique libère toute la colère que j’ai en moi. On me demande souvent de définir ce qu’est la prophétie en question, mais il ne faut pas prendre ce titre au premier degré. Ce que j’aime c’est le mot « Prophecy » car il réunit la puissance dans sa prononciation, et le côté mystique dans son sens. C’est ensuite à chacun de l’interpréter comme il l’entend, il n’y a pas qu’une seule manière d’apprécier la musique.


A : A quel moment t’es-tu rendu compte que la musique serait ta façon d’exprimer tes sentiments ?

M : Depuis le début… Dès que j’ai commencé à jouer, bien avant Sepultura, je savais que j’avais cela dans le sang, la musique me permettait d’être bien tout simplement. C’était ma voie, je ne me voyais pas avoir une vie moderne, un travail fixe etc. J’ai eu la chance que cela marche pour moi.


A : Ta foi en Dieu est-elle la même depuis le début également ?

M : J’ai toujours cru en une force spirituelle mais ma foi en Dieu est venu assez tard. Ce n’est pas quelque chose que je prends à la légère, cela a évolué au cours de ma vie en prenant de plus en plus d’importance. Quand j’étais adolescent je m’intéressais simplement à mes racines, la culture brésilienne avait déjà pour moi quelque chose de fascinant. Au fil de mes expériences personnelles la religion a pris de plus en plus de place jusqu’à faire pleinement partie de ma vie. Je le vis à ma façon et j’ai ma propre approche de la spiritualité.


A : Tu évoluais au début de ta carrière avec Sepultura dans un style où la majorité des groupes sont plutôt anti-chrétiens. Quel rôle a joué ta foi dans ton éloignement de ce style ?

M : Quand nous avons commencé en 1985 avec « Bestial Devastation » puis « Morbid Visions », nous adorions des groupes comme Slayer et Destruction et nous essayions de leur ressembler. En sortant « Schizophrenia » en 1987 nous sommes arrivés avec un nouveau visage, nous étions plus matures et nous nous demandions : « qui sommes nous ? ». Petit à petit nous découvrions qui nous étions, et particulièrement moi, j’ai commencé à me dire : « je suis Brésilien, j’ai des racines ». C’était le début d’un processus de découverte de soi-même, donc ce ne sont pas les idées des groupes auxquels nous ressemblions en 1985 qui nous ont poussé à faire évoluer notre musique. Cela va bien au-delà de ça, c’est un cheminement vers ce en quoi tu crois réellement.


A : Ta musique reflète donc ce cheminement, est-ce ainsi que tu t’es intéressé à différents styles comme le reggae et la world music, et que Soulfly évolue d’un album à l’autre ?

M : Exactement. Soulfly est comme à l’écart du monde et des courants musicaux, ce sont mes simples sentiments qui me poussent à écouter et à jouer tel ou tel style. Je ne me pose aucune question, cela vient naturellement, et je ne suis pas un fin connaisseur de world music ou d’autres styles particuliers, ça se fait petit à petit au hasard de mes découvertes. J’ai commencé avec Dead Can Dance comme l’aurait fait quiconque voulant découvrir ce genre de choses.


A : Les « metalleux » découvrent ainsi d’autres styles grâce à Soulfly, à l’inverse fais-tu découvrir le métal aux gens que tu côtoies lors de tes voyages ? 

M : En ce qui concerne les tournées, je pense que c’est l’une des particularités de Soulfly. Le « Prophecy Tour » est passé il y a quelques mois par l’Afrique du Sud et je crois que nous avons initié beaucoup de monde au métal là-bas. Nous retournons aussi par exemple pour jouer devant plus de monde en Macédoine et en Bulgarie, où nous étions déjà passé il y a quelques années. C’est un public qui accueille très bien le métal mais c’est sûr que c’était un peu l’aventure d’aller jouer là-bas car pas ou peu de groupes de métal y sont déjà allés. J’adore jouer dans ces pays où tu peux faire découvrir quelque chose de nouveau aux gens. Il y a une grande proximité avec le public, il comprend très bien le message de Soulfly, j’en suis sûr… Soulfly est un message.


A : Ce genre d’expériences fait-il parti des meilleurs moments de ta carrière ?

M : Je n’ai pas vraiment de meilleurs souvenirs, je suis très heureux de ma carrière dans son ensemble et c’est là le principal. On ne m’a jamais mis de bâton dans les roues et j’ai toujours réussi à faire ce que je voulais. Et je n’aime pas l’idée d’un âge d’or, cela fait de l’ombre au reste. De manière générale, il ne faut pas se dire que les meilleurs moments sont derrière soi. Je fais ce que je crois être le mieux, et je crois en ce que je fais.


A : Soulfly en trois mots…

M : […] Soulfly est comme le ciel, la Terre et l’enfer réunis.




Site Officiel : www.soulfly.com

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