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Artefact
: Comment comparerais-tu In Absentia par rapport aux albums précédents
de Porcupine tree ?
Steven Wilson : On essaie de rendre chaque
album unique et différent, et je pense que la majeure différence
avec celui-là est lévolution du son, les guitares
sont plus lourdes, avec ces riffs presque heavy métal : la touche
Porcupine Tree est toujours là mais il y a cet aspect plus métallique.
Artefact : Comment sest passé lenregistrement
?
Steven Wilson : On est maintenant sur un
label américain, Atlantic, et on a donc décidé denregistrer
aux Etats-Unis pour ne pas encore enregistrer dans notre pays où
ont été faits tous les précédents. On est
allé à New York, ce qui a donné à lalbum
une saveur américaine. Cet aspect heavy vient de notre immersion
dans un milieu américain, cest une atmosphère différente.
De plus jai toujours trouvé que les albums de rock américains
sonnent mieux que les albums européens : la musique est aussi bien
mais les albums américains sonnent plus gros et In Absentia a cette
puissance.
Artefact : Vous avez écrit les morceaux
avant ou pendant lenregistrement ?
Steven Wilson : On savait parfaitement quels
morceaux enregistrer en arrivant en studio : avec toutes les démarches,
formalités et autres il sest passé six mois entre
la fin de lécriture des morceaux et le début de leur
enregistrement. Ce temps de préparation et de répétitions
nous a permis de savoir exactement ce quon voulait faire en arrivant
en studio : lalbum a été enregistré en trois
semaines et demi. Même les arrangements étaient prévus.
Le temps quon a passé en studio était consacré
quasi-uniquement à la recherche du son, de cette puissance.
Artefact : Doù vient ton inspiration
?
Steven Wilson : Ca change tout le temps !
Je suis toujours un fou de musique, jachète et écoute
toujours beaucoup de musique et je suis donc toujours inspiré par
plein de musiques. En écrivant cet album jécoutais
beaucoup plus de heavy métal. En plus de ça il y a des personnes
dans ma vie qui minspirent toujours, peut-être pas musicalement
mais dans leur manière de faire, cette indépendance desprit
: je suis autant inspiré par des musiciens que par des réalisateurs
comme David Lynch, Orson Wells ou Stanley Kubrick. Ils ont une vision
unique de leur art et je suis quasiment plus inspiré par leur films
que par dautres musiques : cest le septième album de
Porcupine Tree et on a désormais notre propre son, on en est au
point dêtre influencés musicalement par nous-mêmes.
Artefact : On qualifie souvent votre musique
de progressive : penses-tu que ça lui convienne ?
Steven Wilson : Oui et non
Certaines
personnes utilisent le mot pour parler dune musique liée
aux années 70, cette musique démodée jouée
par Genesis, Yes et tous ces groupes
Et bien quon ressente
ces influences dans Porcupine Tree, je pense que notre musique est plutôt
progressive en cela quelle va de lavant, quon expérimente,
de la même manière quon peut qualifier la musique de
Radiohead, de Tool ou de Flaming Lips de progressive. Je pense donc que
notre musique est progressive si tu prends cette définition du
mot, mais nous ne sonnons pas comme Genesis.
Artefact : Et que penses-tu de la masse de groupes
de prog métal qui apparaissent en ce moment ?
Steven Wilson : Je pense que cest super,
Opeth par exemple est un groupe extrêmement doué. Tu sais
cest comme dans tout il y a des bons groupes et des mauvais groupes.
Il y a pas mal de groupes qui mélangent le son métal très
actuel aux influences des années 70 et qui tentent de donner une
forme générale à leurs albums plutôt que de
juxtaposer dix titres, cest une philosophie à laquelle Porcupine
Tree est connectée.
Artefact : Tu penses quune musique complexe
comme la votre peut être jouée sur scène sans perdre
de son intérêt ?
Steven Wilson : Quand on joue live, on nessaie
pas nécessairement de restituer lalbum. Cest un environnement
et une discipline très différente. Vu quon dispose
dun back-catalogue considérable on peut se permettre de choisir
des morceaux qui sonnent bien sur scène. De la même manière
quavec nos albums on tente demmener lauditeur dans un
voyage musical, on a des projections, du multimédia et des lights
pour faire la même chose en concert. Je ne crois pas que lon
perde quoi que ce soit, il sagit plutôt de réinterpréter.
Artefact : Vous composez les morceaux en imaginant
comment ils sonneront en concert ?
Steven Wilson : Jamais. Je ne le fais pas
car je pense que tu ne dois pas te limiter en studio : il y a des tas
de choses que tu peux faire en studio que tu ne pourrais pas reproduire
live, mais je ne le vois pas comme une mauvaise chose. En tant quartiste
créateur il faut utiliser le studio de manière créative,
explorer les possibilités sans se soucier de ce que ça donnera
sur scène. De plus, le disque sera encore en vie dans une centaine
dannées donc il ne faut pas penser au shows live.
Artefact
: Tu as produit le dernier album de Opeth : comment cela a-t-il influencé
ton approche ?
Steven Wilson : Cétait une excellente
occasion de mimmerger dans le milieu métal et dapprendre
comment enregistrer des guitares heavy, une batterie puissante
Du
point de vue artistique ça ma fait du bien de connaître
un autre artiste qui allait dans la même direction que moi : nous
avons les mêmes racines des 70s psychédéliques mais
sans nostalgie, ce qui nous a fortement connecté. Pendant des années
je pensais que Porcupine Tree était le seul groupe de ce genre,
avec Opeth jai trouvé un groupe qui comme nous cherche toujours
à aller de lavant en apprenant du passé.
Artefact : Quel est le rôle de lArt
dans ta vie ?
Steven Wilson : Cest toute ma vie,
comme la plupart des musiciens : si je ne le faisais pas comme activité
professionnelle ça serait de toute façon mon hobby. Jai
cette chance, ce don de pouvoir faire ce que jaime en gagnant ma
vie. Je suis toujours surpris par la manière dont la musique est
une source inépuisable dinspiration : ma découverte
dOpeth et de Meshuggah par exemple a revitalisé mon intérêt
pour la musique, et ça arrive tout le temps : la musique est constamment
surprenante. Il sagit vraiment du centre de ma vie : la plupart
de mes bons amis sont des gens que jai rencontrés par la
musique, ce nest pas juste ma profession.
Artefact : Quest-ce que tu écoutes
en ce moment ?
Steven Wilson : Jécoute plein
de choses : je viens dacheter les rééditions des albums
des Rolling Stones des 60s, jécoute plein dalbums
du label anglais Warp records, un label délectronique genre
Aphex Twin, jécoute aussi beaucoup le deuxième album
quon a enregistré avec Opeth pendant les sessions de Deliverance,
beaucoup de Bjork aussi qui est une grande inspiration pour moi.
Artefact : Un dernier mot pour les lecteurs dArtefact
?
Steven Wilson : Je voudrais madresser
aux créateurs, aux musiciens, artistes, écrivains, réalisateurs,
et les encourager à suivre leur vision et leur personnalité.
Trop de gens se focalisent sur ce quils doivent faire pour obtenir
un deal avec une maison de disques, ils se préoccupent de ce que
seront la maison de disques et le public. Je pense que lHistoire
de la musique prouve que les gens qui suivent leur voie ont peut-être
plus de mal au début de leur carrière mais ont une carrière
beaucoup plus longue, et leur musique dure. Cest la philosophie
que suit Porcupine Tree : ça na pas été facile,
il nous fallu dix ans pour en arriver là mais notre musique sera
encore là dans cinquante ans alors que celle de Taproot aura disparu
!
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