INTERVIEW
PORCUPINE TREE
(11/02)
Avec son petit dernier, In Absentia, Porcupine Tree signe un véritable chef-d'œuvre de profondeur ainsi que de puissance. Pour comprendre un peu mieux la genèse de l'œuvre, rencontre avec mister Steven Wilson (chanteur/guitariste), tasse de thé à la main, dans le salon rococo d'un hôtel quatre étoiles de Pigalle (en tout bien tout honneur évidemment ;)
Par Beurks

 

Artefact : Comment comparerais-tu In Absentia par rapport aux albums précédents de Porcupine tree ?
Steven Wilson : On essaie de rendre chaque album unique et différent, et je pense que la majeure différence avec celui-là est l’évolution du son, les guitares sont plus lourdes, avec ces riffs presque heavy métal : la touche Porcupine Tree est toujours là mais il y a cet aspect plus métallique.

Artefact : Comment s’est passé l’enregistrement ?
Steven Wilson : On est maintenant sur un label américain, Atlantic, et on a donc décidé d’enregistrer aux Etats-Unis pour ne pas encore enregistrer dans notre pays où ont été faits tous les précédents. On est allé à New York, ce qui a donné à l’album une saveur américaine. Cet aspect heavy vient de notre immersion dans un milieu américain, c’est une atmosphère différente. De plus j’ai toujours trouvé que les albums de rock américains sonnent mieux que les albums européens : la musique est aussi bien mais les albums américains sonnent plus gros et In Absentia a cette puissance.

Artefact : Vous avez écrit les morceaux avant ou pendant l’enregistrement ?
Steven Wilson : On savait parfaitement quels morceaux enregistrer en arrivant en studio : avec toutes les démarches, formalités et autres il s’est passé six mois entre la fin de l’écriture des morceaux et le début de leur enregistrement. Ce temps de préparation et de répétitions nous a permis de savoir exactement ce qu’on voulait faire en arrivant en studio : l’album a été enregistré en trois semaines et demi. Même les arrangements étaient prévus. Le temps qu’on a passé en studio était consacré quasi-uniquement à la recherche du son, de cette puissance.

Artefact : D’où vient ton inspiration ?
Steven Wilson : Ca change tout le temps ! Je suis toujours un fou de musique, j’achète et écoute toujours beaucoup de musique et je suis donc toujours inspiré par plein de musiques. En écrivant cet album j’écoutais beaucoup plus de heavy métal. En plus de ça il y a des personnes dans ma vie qui m’inspirent toujours, peut-être pas musicalement mais dans leur manière de faire, cette indépendance d’esprit : je suis autant inspiré par des musiciens que par des réalisateurs comme David Lynch, Orson Wells ou Stanley Kubrick. Ils ont une vision unique de leur art et je suis quasiment plus inspiré par leur films que par d’autres musiques : c’est le septième album de Porcupine Tree et on a désormais notre propre son, on en est au point d’être influencés musicalement par nous-mêmes.

Artefact : On qualifie souvent votre musique de progressive : penses-tu que ça lui convienne ?
Steven Wilson : Oui et non… Certaines personnes utilisent le mot pour parler d’une musique liée aux années 70, cette musique démodée jouée par Genesis, Yes et tous ces groupes… Et bien qu’on ressente ces influences dans Porcupine Tree, je pense que notre musique est plutôt progressive en cela qu’elle va de l’avant, qu’on expérimente, de la même manière qu’on peut qualifier la musique de Radiohead, de Tool ou de Flaming Lips de progressive. Je pense donc que notre musique est progressive si tu prends cette définition du mot, mais nous ne sonnons pas comme Genesis.

Artefact : Et que penses-tu de la masse de groupes de prog métal qui apparaissent en ce moment ?
Steven Wilson : Je pense que c’est super, Opeth par exemple est un groupe extrêmement doué. Tu sais c’est comme dans tout il y a des bons groupes et des mauvais groupes. Il y a pas mal de groupes qui mélangent le son métal très actuel aux influences des années 70 et qui tentent de donner une forme générale à leurs albums plutôt que de juxtaposer dix titres, c’est une philosophie à laquelle Porcupine Tree est connectée.

Artefact : Tu penses qu’une musique complexe comme la votre peut être jouée sur scène sans perdre de son intérêt ?
Steven Wilson : Quand on joue live, on n’essaie pas nécessairement de restituer l’album. C’est un environnement et une discipline très différente. Vu qu’on dispose d’un back-catalogue considérable on peut se permettre de choisir des morceaux qui sonnent bien sur scène. De la même manière qu’avec nos albums on tente d’emmener l’auditeur dans un voyage musical, on a des projections, du multimédia et des lights pour faire la même chose en concert. Je ne crois pas que l’on perde quoi que ce soit, il s’agit plutôt de réinterpréter.

Artefact : Vous composez les morceaux en imaginant comment ils sonneront en concert ?
Steven Wilson : Jamais. Je ne le fais pas car je pense que tu ne dois pas te limiter en studio : il y a des tas de choses que tu peux faire en studio que tu ne pourrais pas reproduire live, mais je ne le vois pas comme une mauvaise chose. En tant qu’artiste créateur il faut utiliser le studio de manière créative, explorer les possibilités sans se soucier de ce que ça donnera sur scène. De plus, le disque sera encore en vie dans une centaine d’années donc il ne faut pas penser au shows live.

Artefact : Tu as produit le dernier album de Opeth : comment cela a-t-il influencé ton approche ?
Steven Wilson : C’était une excellente occasion de m’immerger dans le milieu métal et d’apprendre comment enregistrer des guitares heavy, une batterie puissante… Du point de vue artistique ça m’a fait du bien de connaître un autre artiste qui allait dans la même direction que moi : nous avons les mêmes racines des 70s psychédéliques mais sans nostalgie, ce qui nous a fortement connecté. Pendant des années je pensais que Porcupine Tree était le seul groupe de ce genre, avec Opeth j’ai trouvé un groupe qui comme nous cherche toujours à aller de l’avant en apprenant du passé.

Artefact : Quel est le rôle de l’Art dans ta vie ?
Steven Wilson : C’est toute ma vie, comme la plupart des musiciens : si je ne le faisais pas comme activité professionnelle ça serait de toute façon mon hobby. J’ai cette chance, ce don de pouvoir faire ce que j’aime en gagnant ma vie. Je suis toujours surpris par la manière dont la musique est une source inépuisable d’inspiration : ma découverte d’Opeth et de Meshuggah par exemple a revitalisé mon intérêt pour la musique, et ça arrive tout le temps : la musique est constamment surprenante. Il s’agit vraiment du centre de ma vie : la plupart de mes bons amis sont des gens que j’ai rencontrés par la musique, ce n’est pas juste ma profession.

Artefact : Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Steven Wilson : J’écoute plein de choses : je viens d’acheter les rééditions des albums des Rolling Stones des 60’s, j’écoute plein d’albums du label anglais Warp records, un label d’électronique genre Aphex Twin, j’écoute aussi beaucoup le deuxième album qu’on a enregistré avec Opeth pendant les sessions de Deliverance, beaucoup de Bjork aussi qui est une grande inspiration pour moi.

Artefact : Un dernier mot pour les lecteurs d’Artefact ?
Steven Wilson : Je voudrais m’adresser aux créateurs, aux musiciens, artistes, écrivains, réalisateurs, et les encourager à suivre leur vision et leur personnalité. Trop de gens se focalisent sur ce qu’ils doivent faire pour obtenir un deal avec une maison de disques, ils se préoccupent de ce que seront la maison de disques et le public. Je pense que l’Histoire de la musique prouve que les gens qui suivent leur voie ont peut-être plus de mal au début de leur carrière mais ont une carrière beaucoup plus longue, et leur musique dure. C’est la philosophie que suit Porcupine Tree : ça n’a pas été facile, il nous fallu dix ans pour en arriver là mais notre musique sera encore là dans cinquante ans alors que celle de Taproot aura disparu !

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