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ARTeFACT : Déjà le quatorzième album pour Overkill, quelle énergie !
Blitz (chant) : (rires) La hargne est encore là oui ! Nous avons fait beaucoup d’efforts pour que cet album marque les esprits et nous espérons aussi être à la hauteur de ce que le public attend. Nous nous sommes un peu éloignés des compositions hyper rapides et trop rentre dedans au profit d’un métal de qualité que nous avons voulu le plus chiadé possible. Nos esprits désiraient s’éloigner des valeurs choquantes que le thrash véhicule habituellement, nous avons mis l’accent sur la qualité tant au niveau recherche dans l’écriture qu’au niveau production. Nous avons passé des heures en studio à optimiser le moindre de détail… Cela dit nous avons su nous faire plaisir aussi avec un petit clin d’œil à nos racines punk avec la chanson « Old School » à la fin de l’album. « ReliXIV » est une grande fierté et c’est aussi le symbole pour moi du retour à une vie normale après mes problèmes de santé (ndlr : Blitz a en effet souffert d’un cancer il y a quelques années).
A : Pourquoi un clin d’œil au punk et non au vieux thrash ?
Blitz : Le but est avant tout de s’amuser, il n’y a pas de message derrière cela. Nous aurions pu faire une reprise d’un autre groupe de thrash mais ça n’aurait pas eu d’intérêt au point de la mettre sur l’album. Quand la scène thrash a émergée nous n’avions pas beaucoup de gens à remercier, c’était le thrash contre le reste du monde. La plupart des groupes était signés sur Megaforce ou Spitfire par la suite, et le milieu était restreint à un petit nombre de personnes. A San Francisco Metallica, Megadeth, Exodus ou Testament partagent tous une histoire commune, et à New York c’était la même chose avec Anthrax. Tous ces groupes choquaient à l’époque et il n’y avait que la presse du milieu pour nous défendre. Seul le milieu punk de New York que fréquentait beaucoup DD (ndlr : DD Vervi, le bassiste co-fondateur) nous témoignait de la sympathie. Par la suite tout cela s’est mélangé quand nous avons commencé à être réellement acceptés et à avoir du succès. Tout d’un coup il y a eu un effet de mode et nous sommes devenu populaires. Entre-temps le hardcore s’est développé sous l’influence de Roger Miret (cf. interview Agnostic Front ARteFACT #29), et nos deux mouvements à force de connivence ont fini par se mêler. Ce n’est pas Scott (ndlr : Scott Ian de Anthrax) qui dira le contraire (rires) !
A : La situation a changé par la suite, le thrash ne représente plus un mouvement extrême avec l’émergence des mouvements death et black dans les années ’90, qu’est-ce que cela a changé pour vous ?
B : Absolument, les limites de l’extrême ont été bien repoussées après nous. Je ne pense pas que le thrash soit encore aujourd’hui un mouvement extrême, excepté pour ma mère ! (fou rire) A la différence des courants death metal et black metal, le thrash a toujours respecté dans une certaine mesure une morale en ne défendant pas de fanatisme pour le diable ou autre chose. Nous nous sommes toujours tenus aux valeurs de liberté de penser, c’est tout. Cependant il est clair que ces groupes ont pu être influencés par notre style sur un plan musical (ndlr : non, répondra David Vincent de Morbid Angel trois jours après, cf. interview ARTeFACT #31). Nous sommes d’ailleurs aujourd’hui signé sur Regain Records qui ne fait pas dans la dentelle ! Ce label fait surtout du black metal, mais il commence a très bien se développer dans le monde et élargit son catalogue. C’est un choix stratégique pour nous car ainsi nous sommes plus mis en avant par rapport au reste des sorties du label.
A : Peux-tu préciser ton approche de l’écriture des paroles ?
B : Les paroles sont un élément auquel j’accorde beaucoup d’importance, et ce depuis le début. Quand j’étais à l’université, j’étais passionné par la littérature, Shakespeare et ce genre de choses… Cela guidait ma façon d’écrire mais quelques années après je me suis mis à écrire de façon plus personnelle. Non pas que je voulais me mettre à raconter ma vie qui je pense n’intéresse pas les fans, mais avec la maturité, les changements de vie, les enfants (rires) je n’avais plus besoin de chercher l’inspiration dans d’autres sources que ma propre créativité… Nous avons tous des hauts et des bas, et je ne pense pas qu’il faille étaler toutes ses misères devant tout le monde, les autres ont aussi leur lot de peines et de difficultés. C’est un principe que j’exprime dans l’album et que l’on retrouve par exemple dans la chanson « Wheelz ». Un fan peut se reconnaître dans les paroles d’un artiste sans toutefois rentrer dans le détail particulier.
A : Tu abordes donc l’écriture comme le ferait James Hetfield par exemple ?
B : Je n’aurais pas la prétention de me comparer à lui ni à qui que se soit mais c’est la même idée. James Hetfield parvient à exprimer le fond de sa personnalité dans ses paroles sans aborder explicitement sa vie personnelle. Il conserve une certaine généralité qui laisse la porte ouverte à la subjectivité. Je n’en ai jamais discuté avec lui car je n’ai pas eu beaucoup d’occasions. Il est passé quelques fois à notre studio pour jammer et faire des reprises de punk, et des Ramones notamment. Le label voulait qu’on enregistre des titres ensemble pour une compilation mais cela n’a jamais vu le jour. Kirk est venu aussi au studio, nous avions repris « Green Hell » (ndlr : Last Caress / Green Hell des Misfits). Nous avons également joué au Ritz (ndlr : haut lieu New Yorkais du punk et du thrash dans les années ’80) avec James qui nous avait rejoint sur scène pendant quelques minutes, mais je n’en garde pas un bon souvenir car ce concert était notre premier gros spectacle en tête d’affiche à New York, et la presse n’a parlé que de James après cela ! (rires jaunes cette fois)
A : Ne penses-tu pas qu’avec le succès qu’ils ont ils pourraient aider un peu plus la scène thrash ?
B : S’ils décidaient de le faire, est-ce que j’apprécierais ? oui ; est-ce que cela est leur rôle ? non. Je pense que notre façon d’aborder les choses est à des années-lumières de la leur. Ils ont leur propre navire à faire avancer, et nous avons le nôtre. Si la vie qu’ils mènent leur permettait d’appuyer le mouvement qui les a lancés, je suis sûr qu’ils le feraient. Je pense qu’ils mènent les choses de la meilleure façon qu’ils peuvent.
A : As-tu vu leur documentaire « Some Kind Of Monster » ?
B : Non pas encore mais j’en ai entendu parler. Ce qu’ils ont traversé arrive à beaucoup de groupes, et comme je disais tout à l’heure, heureusement que tout le monde n’étale pas ses problèmes de la sorte sinon nous vivrions dans un champ de ruine. Je pense avoir écrit mon propre « Some Kind Of Monster » mais je n’en ferai pas un dvd ! (rires)
A : Over Kill en trois mots…
Blitz : Contrôle, adversité, chaos.
Site
Officiel : http://wreckingcrew.com/crew
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