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ARTeFACT : Commençons par parler de «
All That You Fear », qu’est-ce que vous a apporté votre nouveau guitariste sur ce dernier album ?
Mika Luttinen : Il a principalement amélioré le niveau technique du groupe grâce à ses excellents soli. Quand on a commencé à répéter avec lui sur des vieux titres comme « Ugra-Karma », on s’est tout de suite rendu compte qu’il pouvait apporter quelque chose de plus qui n’existait pas jusqu’à présent. En entrant en studio, Anssi Kippo (ndlr : producteur de l’album et producteur de Children Of Bodom) nous a dit que nous pouvions rivaliser techniquement avec COB car Tuomo était aussi bon que Alexi Laiho (ndlr : chanteur guitariste de COB qui a fait ses débuts avec Impaled Nazarene, cf. interview ARTeFACT #23). Il peut jouer tout ce que nous voulons, le problème est qu’il est arrivé seulement deux mois avant notre entrée en studio, nous n’avons donc pas eu beaucoup de temps pour faire de nouvelles compositions avec lui. C’est le prochain album qui reflètera réellement le niveau actuel du groupe.
A : Le son de l’album se rapproche beaucoup de celui de COB, est-ce quelque chose de volontaire ?
M : Absolument pas. On enregistre au Astia Studio avec Anssi Kippo depuis « Nihil », on a fait «
Absence Of War Doesn’t Mean Peace » aussi depuis. C’est vrai que le studio a été complètement refait, c’est comme partir en vacance d’enregistrer là-bas ! La salle d’enregistrement est au rez-de-chaussée et dans tout le reste (ndlr : taille de l’UBU, deux cents personnes + back-stages) il n’y a que des télévisions, des jeux vidéos, des lits ! Il y a plus de trois cents films en DVD ! En gros, quand quelqu’un était en train d’enregistrer tous les autres regardaient des films ou étaient à l’extérieur au soleil en train de boire ou de manger. C’était trop bon ! Du coup, quand j’ai enregistré le chant, j’étais détendu comme il fallait pour me donner à cent pour cent comme cela n’avais jamais été le cas avant. Nous n’avions cependant que deux semaines là-bas malheureusement ! (rires)
A : Pensez-vous toucher un plus grand public avec « All That You Fear » ?
M : C’est difficile à dire pour l’instant, mais on peut voir que beaucoup de personnes ont acheté l’album sur la tournée. Une chose est sûre, c’est que quand on a sorti «
Absence Of War… » beaucoup de gens qui ne nous écoutaient pas avant ont commencé à nous apprécier. Ce n’est pas seulement une question de production, ce précédent album a vraiment été une étape dans notre carrière qui a rendu le groupe plus grand. Maintenant on ne peut qu’espérer que le nouvel album aille dans ce sens, aucun de nos précédents albums n’ont eu de si bonnes critiques dans la presse. Cela dit ce n’est pas la presse qui décide qu’un album marchera ou non, ce sont les fans ! Et quand nous jouons les nouveaux morceaux, le public se lâche, c’est cela qui nous rend optimistes. Par exemple, nous avons joué dernièrement en Suisse dans une petite ville du nom de Wil où les gens ne connaissaient pas le groupe, notre vendeur au merchandising nous a dit qu’environ vingt personnes étaient venues acheter l’album juste après que nous ayons joué « The Endless War » (ndlr : troisième morceau de «
All That You Fear ») ! C’était juste grâce à cette chanson, les gens demandaient : « cette chanson, elle est sur quel album ? » et il se vendait comme des petits pains !
A : La tournée est donc un gros succès…
M : Oui, c’est la meilleure tournée que nous ayons fait depuis des années. Seule la date de Toulouse n’était pas terrible car nous étions épuisés du concert de Paris à la Locomotive la veille. Ce concert fut l’un des dix meilleurs de toute notre carrière, c’était absolument génial. Après cela, nous avons roulé jusqu’à Toulouse presque sans dormir, le lendemain il faisait très chaud et nous avons pas mal picolé en plus, ce ne fut pas évident... J’ai dû manger beaucoup de glace, ma voix était complètement détruite !
A : Vous honorez à merveille votre contrat avec Osmose Productions puisque vous êtes le plus vieux groupe signé sur ce label, qu’est-ce qui vous a poussé à continuer avec eux contrairement à d’autres groupes comme Marduk ou Immortal ?
M : Nous avons renouvelé notre contrat avec Osmose quatre fois, nous l’avions renouvelé pour seulement deux albums après « Nihil », et nous avions pourtant eu des propositions de la part d’autres maisons de disques plus importantes. Nous avons soumis toutes nos propositions à notre avocat qui les a lui même montrées à un grand avocat Finlandais qui travaille pour le marché du disque, il nous a dit de ne pas tomber dans le piège. Si nous avions signé ce qu’on nous proposait, nous serions devenus des petits pions sans aucun pouvoir tandis que chez Osmose nous gardons notre intégrité et nous restons un grand groupe vis-à-vis du label. Cette maison de disques nous a toujours bien soutenu et elle porte un intérêt particulier à ce que le groupe désire. Les gens d’Osmose croient en nous, et c’est l’attitude que je recherche. Impaled Nazarene est comme Motörhead, il y a eu des albums qui ont beaucoup marché et d’autres qui se sont plantés, Osmose ne nous a alors pas enterré mais au contraire nous a donné des crédits supplémentaires pour travailler en studio en nous disant « cela n’a pas fonctionné, ceci marchera la prochaine fois ». C’est la démarche qu’il faut avoir quand un groupe a sorti déjà beaucoup d’album comme Metallica ou Slayer… Slayer est un meilleur exemple je pense ! (rires)
A : Vous êtes quelqu’un de bien placé pour parler de la naissance du black metal et de son influence dans les pays nordiques. Ce mouvement fonctionne-t-il aussi bien en Finlande comme il a du succès en Norvège ou en Suède, est-ce une réponse face à Stratovarius ou Nightwish ?
M : Il y a beaucoup de petits groupes en Finlande mais peu sont crédibles. Quand Dimmu Borgir vient jouer là-bas, le concert est complet en vingt minutes, donc le black metal est important, mais c’est vraiment focalisé sur certains groupes. Tout le monde veut être le nouveau Stratovarius, ou le nouveau Nightwish, ou le nouveau Children Of Bodom, il y a un nombre incalculable de copies de ces groupes en Finlande. Cela n’a aucun sens… Il n’y a qu’un Children Of Bodom, on ne peut pas remplacer un groupe en le copiant. Pour revenir à ce que tu disais, je ne pense pas que nous ayons participé à la création du black metal, je pense que ce sont les autres groupes en Norvège. C’est sûr que nous faisons parti des plus vieux mais notre style a toujours été un peu décalé, tu prends du black metal, du death metal, et du thrash metal, et tu as Impaled Nazarene. Nous n’avons jamais fait parti d’un mouvement en particulier.
A : Quels rapports entreteniez-vous au début entre groupes Scandinaves ?
M : Au tout début en 1990 je n’avais pas de contact, j’ai ensuite correspondu avec Euronymous peu avant son assassinat à propos de cette supposée guerre entre Finlande et Norvège. Ils nous critiquaient et nous critiquions les Norvégiens mais rien ne s’est jamais passé entre nous, ce sont des grandes gueules qui répandaient des rumeurs. Un jour en ’93 j’ai reçu une lettre d’Euronymous, c’est la seule lettre que j’ai gardé et qui est encore chez moi, il dit qu’il apprécie Impaled Nazarene et que Mayhem n’a rien contre nous. Il voulait juste combattre les religions, le reste n’était que des rumeurs infondées. Il fut tué juste après. J’ai eu cette lettre deux semaines avant sa mort.
A : Vous avez une réputation dont il n’y a pas besoin de préciser les détails. Qu’est-ce qui est vrai dans tout cela ? Que cherchez-vous réellement à transmettre à travers votre musique ?
M : Il y a d’un côté les tournées où l’on cherche à passer de bons moments sur scène, à se prendre des cuites, et à s’envoyer des groupies. Néanmoins nous ne sommes pas des rock-stars, les gens qui viennent à nos concerts adhèrent déjà en majorité à ce que nous disons donc nous pouvons avoir un discours anti-religion sans que ça ne change quoi que ce soit. Ce n’est pas comme si nous vendions un million d’albums et que du jour au lendemain tout ce monde s’aperçoive qu’il écoute un truc complètement satanique, et qu’une partie le devienne vraiment. Nous sommes depuis toujours contre les religions et donc contre le christianisme qui est la religion principale en Finlande, et aujourd’hui cela gagne encore du terrain jusque dans le gouvernement du pays. Je ne comprends vraiment pas comment les Finlandais peuvent suivre des idioties pareilles, c’est déprimant…
A : Quels problèmes avez-vous rencontré durant votre carrière avec votre image satanique et tout ce qui va avec ?
M : En Finlande nous n’avons pas beaucoup de problème, c’est surtout la télévision qui a du mal à diffuser nos clips et certaines émissions qui créent de fausses polémiques. Cependant cela ne nous jamais affecté. Par contre, en France sur la dernière tournée la police était présente au concert de Montauban. Ils menaçaient de nous arrêter si nous parlions de Satan sur scène, c’est complètement stupide car les paroles des chansons ne les dérangeaient pas ! On jouait à l’époque « Sadhu Satana » et « We’re Satan’s Generation », et je devais annoncer la chansons en disant « voici le cinquième morceau de « Rapture » » sinon ils nous auraient enfermé ! C’est invraisemblable aujourd’hui de voir ça dans un pays moderne comme la France, on se serait cru au XVIIIème siècle !
A : Certains festivals en France et en Suisse ont aussi eu des problèmes à cause de la diffusion d’un reportage de l’émission « Zone Interdite » sur M6…
M : Exactement comme en Finlande, on s’est vu refuser l’accès à un festival (ndlr : Nummirock Festival) à cause d’une émission qui dénonçait notre présence ! Ils disaient que nous étions trop sataniques alors que cette année Morbid Angel fait la tête d’affiche ! Je ne comprends vraiment pas comment certaines personnes fonctionnent.
A : Es-tu intéressé par la littérature ou d’autres arts que la musique ?
M : Je n’ai rien lu depuis longtemps, plus je vieilli moins je lis… Je regarde juste du porno, je vais sur Internet ou ce genre de chose, mais à une époque j’étais assez attiré par les livres, j’ai lu la plupart des œuvres de Nietzsche. Sa philosophie était en son temps aussi extrême que notre musique aujourd’hui. Enfin du moment que je sais encore ce que je pense, ça va ! (rires)
A : Impaled Nazarene en trois mots…
M : Total, alcool, massacre !
Chronique de l'album "All
That You Fear"
Chronique de l'album "Absence
Of War Does Not Mean Peace"
Site Officiel : www.impnaz.com
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